Paul‑Hus : le père fondateur de la région soreloise
Sorel-Tracy, le 25 avril 2021 — L’entrevue menée par Jocelyn Daneau met en lumière un personnage central de l’histoire soreloise : Paul‑Hus, considéré par Madeleine Blanche‑Lussier comme « le père de la région ». À travers ses recherches approfondies, elle retrace le parcours de cet homme arrivé en Nouvelle‑France vers 1663‑1664, à une époque charnière où la colonie commence enfin à se structurer. La France, jusque‑là peu intéressée par le peuplement, amorce une véritable politique d’établissement, marquée par le développement du régime seigneurial et l’arrivée d’engagés, de soldats et de domestiques.
Paul‑Hus arrive comme engagé domestique de 36 mois chez Robert Giffard, apothicaire, chirurgien et seigneur de Beauport. Giffard, figure majeure de la colonisation, fait venir de nombreux habitants de Normandie, région d’origine de Paul‑Hus. Pendant trois ans, celui‑ci accomplit des tâches variées, comme tous les domestiques de l’époque : travaux agricoles, entretien, services généraux. À la fin de son contrat, il est libre de s’établir où il veut. On le retrouve ensuite aux Trois‑Rivières, puis à Sorel, où il possède déjà une concession lorsqu’il se marie en 1669.
Son épouse, Jeanne Bayon, n’a que 14 ans, ce qui demeure exceptionnel pour l’époque. Elle est issue des « devancières », ces jeunes femmes arrivées avant les Filles du roi pour peupler la colonie. Lors du mariage, Paul‑Hus déclare posséder une terre de sept arpents, déjà défrichée, ensemencée, et dotée d’une maison. Cela indique qu’il s’est établi rapidement et efficacement, probablement dès la fin de son engagement. Madeleine souligne que pour défricher une terre, construire une maison et préparer un établissement, il faut déjà être solidement implanté.
Le couple aura 15 enfants, dont 10 survivront à l’âge adulte. Cette descendance exceptionnelle explique pourquoi tant de familles de la région — Beauchemin, Cournoyer, Desmarais, Lemoine, Millette, Paulus, et bien d’autres — portent encore son empreinte. « On le voit partout, partout, partout », dit Madeleine. Plusieurs de ses fils auront eux‑mêmes plus d’une dizaine d’enfants, assurant une expansion fulgurante de la lignée.
Paul‑Hus n’est pas seulement un cultivateur : il devient un entrepreneur visionnaire. Il acquiert de nombreuses terres, notamment dans la seigneurie de Yamaska, correspondant aujourd’hui à Sainte‑Anne‑de‑Sorel. Il installe ses enfants sur ces terres, leur assurant un avenir solide. Il possède aussi une terre importante sur le chemin de la Rive, près de l’actuelle propriété d’Antonio Péloquin. Son influence est telle qu’il participe à des décisions majeures, comme le rattachement d’une partie de Yamaska à la paroisse Saint‑Pierre‑de‑Sorel, après avoir obtenu les signatures des habitants.
Madeleine décrit un homme fier, organisé, et doté d’un sens aigu de la planification. Il prévoit même sa vieillesse, confiant sa prise en charge à son fils et à Pierre Salvail, avec des obligations financières précises. Il meurt à 95 ans, un âge remarquable pour l’époque, preuve d’une vie robuste et bien menée.
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