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Éditorial | Au-delà du traversier, une vision pour notre région

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Sorel-Tracy, le 30 juin 2026 — La traverse Sorel-Tracy – Saint-Ignace-de-Loyola fait partie du quotidien de milliers de citoyens. Pour plusieurs, elle est le chemin vers le travail, l’école, un rendez-vous médical, un client ou un fournisseur. Elle est bien plus qu’un traversier : elle est un lien stratégique entre deux régions dont les économies sont de plus en plus interdépendantes.

Traverse Sorel-Tracy – Saint-Ignace-de-Loyola au débarquadaire Sorel-Tracy. Crédit photo : Sorel-Tracy Info (STI) / Philippe Manning
Traverse Sorel-Tracy – Saint-Ignace-de-Loyola au débarquadaire Sorel-Tracy. Crédit photo : Sorel-Tracy Info (STI) / Philippe Manning

Les récentes rencontres d’information sur le projet de reconstruction des quais ont permis aux citoyens de mieux comprendre les investissements à venir. C’est une excellente nouvelle. Mais elles soulèvent aussi une question qui dépasse les infrastructures elles-mêmes : quelle vision avons-nous pour l’avenir de cette liaison?

Au fil des années, une réalité s’est installée : l’incertitude.

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Elle ne se manifeste pas seulement par des interruptions de service. Elle se traduit aussi par des traversées annulées, des horaires réduits, une fréquence diminuée en raison de problèmes techniques, des travaux, des contraintes opérationnelles ou des conditions météorologiques. Pour les usagers, le résultat est toujours le même : il devient difficile de planifier ses déplacements avec confiance.

Cette situation a un coût. Des travailleurs arrivent en retard. Des entreprises réorganisent leurs opérations. Des fournisseurs retardent leurs livraisons. Des familles modifient leur horaire. Une région qui souhaite attirer des investissements et favoriser la mobilité de sa main-d’œuvre ne peut considérer cette instabilité comme une normalité.

Personne ne remet en question le professionnalisme des employés de la Société des traversiers du Québec. Ils accomplissent leur travail avec les moyens dont ils disposent.

Le véritable enjeu est ailleurs.

La traverse Sorel-Tracy – Saint-Ignace-de-Loyola n’est pas reconnue comme un service essentiel au sens juridique. Historiquement, cette notion vise les services dont l’interruption met directement en péril la santé ou la sécurité de la population. Cette définition demeure pertinente, particulièrement pour les communautés isolées.

Mais le Québec de 2026 n’est plus celui d’hier.

Notre économie s’est transformée. Les entreprises recrutent des deux côtés du fleuve. Les travailleurs traversent quotidiennement pour occuper leur emploi. Les échanges entre la Montérégie et Lanaudière se sont intensifiés. La traverse est devenue un véritable moteur de mobilité économique.

Chaque réduction de service, chaque panne technique, chaque modification imprévue des horaires et chaque interruption rappellent à quel point cette liaison demeure fragile. Les conséquences dépassent largement les deux rives et touchent directement l’économie régionale.

Ajoutons un autre élément. Les usagers contribuent directement au financement de cette traverse en acquittant un tarif à chaque passage. Ils ne demandent pas un privilège. Ils demandent un service fiable, prévisible et à la hauteur du rôle stratégique que joue cette liaison.

Depuis des décennies, l’idée d’un pont entre Sorel-Tracy et la rive nord revient régulièrement dans le débat public. Certains y voient une solution durable. D’autres estiment qu’un tel projet serait trop coûteux ou trop complexe.

La vérité se situe probablement entre les deux.

Un lien fixe représenterait vraisemblablement des investissements de plusieurs milliards de dollars et nécessiterait de nombreuses années d’études, d’autorisations et de travaux. Il ne répondra donc pas aux besoins de demain matin.

Mais est-ce une raison pour ne jamais l’étudier sérieusement?

Les grands projets qui ont façonné le Québec ont tous commencé par une vision. Personne ne demande au gouvernement d’annoncer demain la construction d’un pont. En revanche, les citoyens sont en droit de demander que cette option soit analysée avec rigueur. Si un lien fixe n’est pas réalisable, expliquons pourquoi. S’il présente un potentiel pour l’avenir, ayons le courage de l’inscrire dans une véritable réflexion sur le développement de notre territoire.

Entre-temps, une chose demeure incontournable : notre région a besoin d’une traverse fiable, stable et capable de soutenir son développement économique.

Les gouvernements devraient profiter des investissements actuels pour aller plus loin. Moderniser les quais est une excellente initiative. Mais cette modernisation devrait s’accompagner d’une réflexion sur la résilience du service, le renouvellement de la flotte, la reconnaissance du rôle stratégique de cette liaison et les besoins de mobilité des prochaines décennies.

« Une société évolue. Son économie évolue aussi. Les gouvernements doivent avoir l'audace de regarder plus loin que le prochain mandat électoral. Qu'il s'agisse d'améliorer durablement la traverse ou d'étudier sérieusement la faisabilité d'un pont, les citoyens méritent une vision claire. L'immobilisme n'a jamais fait progresser une région. »

La traverse Sorel-Tracy – Saint-Ignace-de-Loyola ne relie pas seulement deux rives. Elle relie des travailleurs à leur emploi, des entreprises à leurs marchés, des familles à leur quotidien et deux régions qui contribuent pleinement à la prospérité du Québec.

Au-delà du traversier, c’est de notre capacité à planifier l’avenir dont il est réellement question.

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