Roger Frappier : un parcours cinématographique salué dans sa ville natale (entretien avec M. Frappier)
SAINT-JOSEPH-DE-SOREL, le 2 mai 2025 — La Ville de Saint-Joseph-de-Sorel a nommé une salle de son hôtel de ville en l’honneur de Roger Frappier, producteur de cinéma originaire de la municipalité. Ce geste vise à souligner son parcours remarquable et ses racines locales.
Pour accompagner cette initiative, une maquette géante de la ville a été installée à l’intérieur de l’édifice municipal. Elle servira à la fois de clin d’œil à l’histoire de Saint-Joseph-de-Sorel et de repère visuel pour les visiteurs.
Entretien avec Roger Frappier : « Il faut garder l’esprit du débutant »
Rencontré dans un cadre décontracté, le grand producteur québécois Roger Frappier s’est prêté au jeu de l’entrevue pour évoquer son parcours, sa vision du cinéma et l’état actuel de l’industrie québécoise. Connu pour avoir produit plusieurs œuvres marquantes dont Jésus de Montréal, Hochelaga ou encore The Power of the Dog, Frappier continue de s’investir pleinement dans sa passion.
Selon vous, qu’est-ce qui rend un film marquant et durable dans le temps?
Il faut qu’il y ait une adéquation entre l’époque à laquelle le film est réalisé et les préoccupations du public. Mais surtout, l’essentiel doit ressortir de l’anecdotique. Un film comme Jésus de Montréal, fait en 1989, peut encore aujourd’hui être vu avec le même plaisir parce qu’il touche à des vérités essentielles. Quand je lis un scénario, si au bout de 20 pages je peux nommer trois films dont il s’inspire, je passe. Il faut que ce soit nouveau, que ça me touche, et surtout que ça touche le public.
Comment avez-vous vu évoluer l’industrie cinématographique québécoise depuis vos débuts?
Quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’industrie. Aujourd’hui, elle est bien structurée : crédits d’impôt, sociétés de financement comme la SODEC, Téléfilm Canada, etc. On a aussi de grandes écoles de cinéma. Le problème, c’est qu’on a élargi la base, mais pas les moyens financiers pour que les créateurs puissent travailler dans la continuité. Faire un film tous les quatre ans, ce n’est pas suffisant pour développer une œuvre. Regardez Truffaut : deux films par an! Il faut que nos cinéastes puissent pratiquer leur art plus souvent.
Sur quels critères basez-vous le choix d’un projet?
Parfois, ça part d’un coup de cœur littéraire. The Power of the Dog, c’est un livre qui m’a bouleversé. J’ai aussi acquis les droits de Chaussures italiennes de Henning Mankell, un roman suédois, mais qui pourrait être québécois tellement il nous ressemble. Il arrive aussi que ce soit la rencontre avec un réalisateur ou une réalisatrice qui déclenche l’envie de produire. Denis Arcand, Denis Villeneuve, ce sont des gens qui arrivent avec une vision forte. Mais attention : produire un film, c’est deux ou trois ans de vie. Il faut que ça vaille l’effort.
Parlez-nous de votre collaboration avec Jane Campion sur The Power of the Dog.
C’est une histoire de synchronicité incroyable. J’ai récupéré les droits du roman après trois ans de négociations. Le lendemain, l’agente de Jane Campion m’appelle : « Est-ce que les droits sont disponibles? » Je lui dis : « Depuis hier. » Deux semaines plus tard, on se rencontre à Cannes. Puis à Rome, chaque matin, Jane et moi lisions le livre ensemble dans un café, discutant des personnages, de la mise en scène. Ce furent trois des plus belles années de ma vie.
Quel conseil donneriez-vous à une nouvelle génération de cinéastes?
Il faut comprendre que c’est un long chemin. Moi, j’ai commencé comme assistant réalisateur, j’ai fait du documentaire, j’ai étudié en sciences politiques avant de faire du cinéma. Chaque parcours est unique. Il ne faut pas avoir peur de prendre des détours, de travailler dur. Surtout, il faut garder l’esprit du débutant. Celui qui croit qu’il a tout à apprendre reçoit mieux ce que les autres peuvent lui transmettre. J’ai encore l’impression d’apprendre à chaque projet.
Un mot sur vos souvenirs d’enfance à Saint-Joseph-de-Sorel?
Mes souvenirs sont très physiques : la Pointe-aux-Pins, la patinoire derrière le Collège, les glissades qu’on faisait debout même si c’était interdit. Et surtout, le petit bac vers Sorel. On attendait avec impatience ce bateau, et traverser, c’était déjà voyager. Saint-Joseph est entouré d’eau, et ça donne à ses habitants une mentalité un peu insulaire. On sent qu’on peut aller ailleurs, que tout est possible.
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