L’industrie métallurgique sous tension: Sorel-Tracy se dit prête à affronter la tempête tarifaire
Sorel-Tracy, le 5 juin 2026 – C’est un véritable cri d’alarme, doublé d’un appel à l’agilité, qui a été lancé jeudi lors de la présentation du diagnostic de l’Institut du Québec (IDQ) et du Comité sectoriel de main-d’oeuvre de la métallurgie du Québec (CSMO-M). Intitulée La métallurgie en mutation, l’étude révèle que la guerre commerciale avec les États-Unis et l’imposition de tarifs de 50% ont fait chuter de 36% les exportations métallurgiques québécoises en 2025. Une rupture économique majeure qui frappe de plein fouet le cœur industriel de la région, mais face à laquelle Sorel-Tracy se positionne déjà à l’avant-garde.
« C’est une des crises les plus sévères qu’on ait connues, parce qu’elle n’est pas classique. Toutes les règles du jeu, toutes les chaînes d’approvisionnement et de clients sont totalement remises en question par quelqu’un qui veut réindustrialiser les États-Unis. », a affirmé d’entrée de jeu Raymond Bachand, ancien ministre des Finances et président du conseil de l’IDQ, faisant directement allusion à Donald Trump. « Mais une crise permet aussi de tasser les choses. Elle nous permet de devenir agiles et d’innover. », a-t-il nuancé.
« C’est une des crises les plus sévères qu’on ait connues, parce qu’elle n'est pas classique. Toutes les règles du jeu, toutes les chaînes d’approvisionnement et de clients sont totalement remises en question par quelqu'un qui veut réindustrialiser les États-Unis. »
Raymond Bachand, ancien ministre des Finances et président du conseil de l’IDQ
La filière de l’acier est d’ailleurs la plus durement touchée, avec un plongeon de 51 % des exportations de produits semi-ouvrés (barres, plaques, tôles) l’an dernier.
Au carrefour de la Défense et de l’énergie
« La métallurgie est au carrefour de la transition énergétique et de la Défense. Tout ce dont on parle actuellement va nécessiter des métaux. »
Emna Braham, PDG de l’IDQ
Malgré ce contexte géopolitique inquiétant, le Québec se trouve à l’intersection des grandes priorités nord-américaines. « La métallurgie est au carrefour de la transition énergétique et de la Défense. Tout ce dont on parle actuellement va nécessiter des métaux. », explique Emna Braham, PDG de l’IDQ. Le nouveau budget fédéral et sa stratégie industrielle de la Défense vont d’ailleurs injecter plus de 500 milliards de dollars publics dans l’économie, représentant 5% du PIB.
Cette immense commande publique entraînera des besoins colossaux. Jean Lortie, président de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), prévient qu’une compétition féroce s’annonce pour la main-d’œuvre régionale : « Il y aura une compétition pour trouver des soudeurs et des mécaniciens industriels. »
L’intelligence artificielle comme outil de formation
Interpellé par Sorel-Tracy Info sur la place de l’intelligence artificielle pour pallier le retard en littératie numérique et stimuler l’innovation, Jean Lortie a précisé qu’il faudra d’abord axer les efforts sur « la formation des gestionnaires et des travailleurs. L’intelligence artificielle est un outil, la capacité d’innover s’apprend. »
« On ne peut pas résister à ces technologies. Nous utilisons déjà la numérisation et les casques de réalité virtuelle pour simuler de la formation en environnement dangereux, un peu comme un Flight Simulator pour nos opérateurs. On voit l'IA comme un moyen d'optimiser nos procédés. »
Jean Lortie, président de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT)
Sur le terrain, cette transition technologique se concrétise déjà de façon spectaculaire. Hugues Fauville, vice-président RH chez ArcelorMittal Produits longs Canada, a partagé une application très concrète : « On ne peut pas résister à ces technologies. Nous utilisons déjà la numérisation et les casques de réalité virtuelle pour simuler de la formation en environnement dangereux, un peu comme un Flight Simulator pour nos opérateurs. On voit l’IA comme un moyen d’optimiser nos procédés. »
Patrick Péloquin confiant pour la région
Présent à l’événement, le maire de Sorel-Tracy, Patrick Péloquin, s’est montré rassuré par les conclusions du rapport, y voyant une validation claire des choix stratégiques de son administration.
« Les axes qui nous sont présentés, c’est déjà des orientations qu’on avait prises à la Ville avant même l’élection de Donald Trump et l’imposition des tarifs, c’est-à-dire une diversification des marchés vers la construction navale et la défense. », a soutenu le premier magistrat.
Ce dernier a également rappelé l’importance historique et future de cette industrie pour la communauté soreloise. « Dans toutes nos démarches de formation de la main-d’œuvre, on implique le Cégep, le Centre de services scolaire, et on travaille pour quelque chose d’universitaire aussi. On est à l’avant-garde de ce qui est dans le rapport. On va toujours soutenir le secteur de la métallurgie, c’est LE secteur économique de la région. », a conclu Patrick Péloquin.
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