Terminal QSL à Sorel-Tracy : l’appui économique confronté aux inquiétudes des riverains
Les audiences publiques des 6 et 7 octobre ont mis en évidence des positions contrastées concernant le projet de terminal portuaire de QSL à Sorel-Tracy. Si la Ville et la Chambre de commerce y voient un levier économique important, plusieurs citoyens et organismes réclament des garanties environnementales supplémentaires, notamment en matière de camionnage, de poussières et de protection du fleuve Saint-Laurent.
Sorel-Tracy, 9 octobre 2026 — Le projet prévoit l’aménagement d’un quai flottant sur le site de l’ancienne centrale thermique de Tracy. Les installations pourraient accueillir jusqu’à 35 navires et manutentionner environ 440 000 tonnes de marchandises annuellement, sur une période de neuf mois. L’exploitation générerait quelque 40 emplois permanents.
Patrick Péloquin défend le développement industriel
Le 6 octobre, le maire de Sorel-Tracy, Patrick Péloquin, a présenté l’appui de la municipalité au projet, qu’il considère comme une occasion de consolider la vocation industrielle et portuaire de la région.
Selon lui, la proximité du fleuve, du réseau ferroviaire et des infrastructures routières représente un avantage stratégique pour attirer de nouvelles entreprises. Il a également évoqué les possibilités de développer une économie circulaire favorisant les échanges de matières entre industries.
Questionné par la présidente de la commission, Prunelle Thibault-Bédard, sur les liens concrets entre le terminal et cette vision économique, le maire a reconnu que ces possibilités dépendraient des décisions des entreprises.
Patrick Péloquin a aussi abordé la problématique du camionnage. La Ville envisage une liaison routière intérieure à la zone industrielle afin de limiter la circulation des véhicules lourds près des résidences. Ce projet demeure toutefois confronté à des contraintes, notamment le franchissement des voies ferrées et les discussions avec le Canadien National.
La Chambre de commerce appuie le terminal
Le 7 octobre, le directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Sorel-Tracy (CCIST), Luc Martel, a présenté à distance la position favorable de son organisme.
Pour la Chambre, le terminal répond à des besoins réels des entreprises agricoles et industrielles, particulièrement en matière d’approvisionnement et de transport maritime.
Luc Martel a notamment souligné que le projet pourrait améliorer la fiabilité des livraisons, réduire l’attente des navires et renforcer la compétitivité des entreprises régionales.
La CCIST souhaite néanmoins que QSL respecte ses engagements environnementaux, assure une surveillance rigoureuse de ses activités et maintienne un dialogue avec la population.
Interrogé sur l’acceptabilité sociale du projet, Luc Martel a exprimé sa confiance envers les engagements de l’entreprise et les mécanismes d’encadrement prévus. Cette appréciation ne constitue toutefois pas une mesure de l’opinion publique.
Les citoyens préoccupés par le camionnage et les poussières
Plusieurs citoyens ont exprimé leurs inquiétudes concernant les conséquences du terminal sur leur qualité de vie.
Le 7 octobre, Sylvain Paul-Hus s’est dit favorable au développement économique, mais a demandé qu’une route permettant d’éviter les quartiers résidentiels constitue une condition à la réalisation du projet.
La veille, Maxime Dumontier avait exprimé son opposition au projet tel que présenté, réclamant notamment des équipements de manutention plus étanches, une surveillance indépendante et un comité citoyen.
Pierre Castonguay a proposé l’utilisation d’un système de déchargement à vis et d’un convoyeur couvert afin de réduire la dispersion des poussières.
Joseph A. Soltész a pour sa part demandé une analyse plus globale des enjeux de sécurité, du camionnage et de la cohabitation avec les installations industrielles existantes.
Les organismes environnementaux réclament davantage de garanties
La Coalition Eau Nature Air Purs Pierre-De Saurel, représentée par Julie Saint-Louis, a particulièrement insisté sur les risques de dispersion des poussières pendant le déchargement et le transport des marchandises.
L’organisme recommande notamment l’utilisation d’une vis sans fin tubulaire et une surveillance environnementale indépendante.
De leur côté, le CRE Montérégie, le COVABAR et le Comité ZIP du lac Saint-Pierre proposent une surveillance couvrant l’ensemble de la zone industrielle et portuaire, avec un financement durable, une expertise indépendante et des résultats accessibles au public.
Ils souhaitent également vérifier si les réductions de transport routier annoncées se concrétisent pendant l’exploitation.
Certains groupes demandent le refus du projet
Le mouvement Mères au front, représenté par Priscillia Gilbert-Paquin, a demandé au BAPE de formuler un avis défavorable.
L’organisme dénonce notamment l’évaluation isolée des projets portuaires, sans considération suffisante de leurs effets cumulés sur la qualité de l’air et l’environnement.
Hélène Reeves, de Vigie Citoyenne Port de Contrecœur, a également remis en question la justification du terminal, particulièrement en raison des nuisances anticipées et de l’accumulation des activités industrielles le long du Saint-Laurent.
La Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec (SNAP Québec), s’est pour sa part inquiétée des risques pour le chevalier cuivré et son habitat.
L’organisme estime que le projet ne devrait pas être réalisé dans sa forme actuelle. En cas d’autorisation, il demande que l’efficacité des mesures compensatoires soit démontrée avant toute destruction d’habitat.
Transport ferroviaire et protection des berges
Sécurité Ferroviaire Rive-Sud ne s’oppose pas au terminal, mais demande que les conséquences d’une éventuelle desserte ferroviaire soient évaluées dès maintenant.
Son représentant, François Beaulne, a notamment rappelé la proximité des quartiers résidentiels traversés par le corridor du CN. La commission a précisé que cette desserte demeure hypothétique.
Le Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent réclame quant à lui une réduction surveillée de la vitesse des navires et des mesures de protection des rives.
D’autres intervenants ont soulevé des préoccupations concernant la sécurité des plaisanciers, l’accès au fleuve, la remise en état du site et le cycle de vie des marchandises transportées.
Un équilibre entre économie et environnement
Au terme des deux journées, les interventions ont révélé une divergence fondamentale sur l’avenir du secteur portuaire de Sorel-Tracy.
Pour la Ville et la Chambre de commerce, le terminal constitue une occasion de renforcer les infrastructures logistiques et de soutenir le développement industriel.
Pour plusieurs citoyens, cette croissance doit impérativement s’accompagner de mesures concrètes afin de protéger les quartiers résidentiels.
D’autres organismes estiment plutôt que les risques environnementaux justifient un refus du projet.
Malgré leurs divergences, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’évaluer les effets cumulés des activités industrielles et de garantir une surveillance environnementale crédible.
Le rapport du BAPE attendu le 7 janvier 2027
Les séances des 6 et 7 octobre étaient consacrées à la présentation des opinions et des mémoires du public. Elles ne constituent donc ni des conclusions du BAPE ni une décision sur le projet.
À la clôture des audiences, la présidente Prunelle Thibault-Bédard a rappelé que des corrections factuelles pouvaient être transmises par écrit jusqu’au 14 octobre.
La commission doit remettre son rapport au plus tard le 7 janvier 2027. Le gouvernement du Québec décidera ensuite d’autoriser ou non le terminal et déterminera, le cas échéant, les conditions applicables.
D’ici là, le camionnage, les émissions de poussières, la protection des habitats aquatiques et les retombées économiques demeureront au cœur de l’analyse.
Références et sources documentaires
BAPE — Dossier officiel du projet de terminal portuaire à Sorel-Tracy
BAPE — Mémoire DM18, Chambre de commerce et d’industrie de Sorel-Tracy
BAPE — Mémoire DM11, Coalition Eau Nature Air Purs Pierre-De Saurel
BAPE — Mémoire DM21, CRE Montérégie, COVABAR et Comité ZIP du lac Saint-Pierre
BAPE — Mémoire DM13, Mères au front
BAPE — Mémoire DM20, Vigie Citoyenne Port de Contrecœur
BAPE — Mémoire DM16, SNAP Québec
BAPE — Mémoire DM24, Sécurité Ferroviaire Rive-Sud
Source : Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), audiences des 6 et 7 octobre 2026 et mémoires déposés par les participants.










