Projet QSL à Sorel-Tracy : le bruit des navires fait monter le ton au BAPE
Les inquiétudes des riverains ont marqué la deuxième séance consacrée au futur terminal portuaire de QSL. Les échanges ont aussi révélé des questions persistantes sur la qualité de l’air et la protection du fleuve.
Sorel-Tracy, le 10 septembre 2026 — « On a-tu le droit d’avoir la paix, nous autres une fois pour toutes? » L’intervention du riverain Michel Piché a cristallisé les préoccupations exprimées lors de la deuxième séance de l’audience publique du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet de terminal portuaire de QSL à Sorel-Tracy.
Résidant près des installations de Kildair, M. Piché a décrit un quotidien marqué par le bruit des navires, des nuits difficiles et des démarches qui, selon lui, n’aboutissent pas. L’arrivée d’un nouveau terminal à proximité lui fait craindre une aggravation des nuisances.
« Nous autres, on dort pas pendant ce temps-là », a-t-il lancé, visiblement excédé.
Son témoignage a amené la commission à examiner plus attentivement les conclusions de l’étude acoustique et les responsabilités des différentes autorités. Il a aussi donné lieu à une mise au point du ministère de l’Environnement sur la prise en compte du bruit des navires à quai.
Une correction sur le bruit
Le consultant de QSL a expliqué que des mesures effectuées pendant la présence d’un navire chez Kildair avaient révélé un niveau sonore nocturne d’environ 54 décibels à l’extérieur de la résidence la plus proche. Le futur quai de QSL étant plus éloigné de cette habitation, il a évoqué un niveau d’environ 46 décibels pour les navires qui y accosteraient.
Le consultant a présenté l’impact sonore comme faible selon l’évaluation réalisée, en précisant que l’approche utilisée pour les navires reposait sur une moyenne annuelle. Il a également soutenu que le critère provincial de 40 décibels la nuit ne s’appliquait pas aux navires, ceux-ci relevant de l’autorité fédérale.
Le ministère de l’Environnement a toutefois corrigé cette interprétation avant l’ajournement.
« Un navire qui est accosté au quai de QSL constitue une source fixe », a indiqué sa représentante. Il doit donc être intégré à l’étude acoustique. « Ce n’est pas seulement le fédéral qui réglemente », a-t-elle ajouté, en annonçant une réponse plus détaillée.
La représentante du ministère de la Santé a pour sa part rappelé que le bruit nocturne peut perturber les cycles du sommeil et provoquer fatigue et stress.
La question des recours demeure sensible. Transports Canada a indiqué pouvoir recevoir des plaintes et, selon la situation, intervenir à bord d’un navire. Certaines exigences de sécurité peuvent toutefois justifier le maintien des moteurs en fonction. Du côté municipal, le directeur général Carlo Fleury a expliqué que la Ville dispose de moyens limités pour intervenir sur les activités maritimes et qu’aucune décision n’a été prise concernant un nouveau modèle de gouvernance portuaire.
Une étude sur l’air à reprendre
La qualité de l’air a constitué un autre point important des échanges. Le ministère de l’Environnement exigera une mise à jour de la modélisation de dispersion atmosphérique afin d’intégrer l’ensemble des mesures d’atténuation proposées et de corriger certains éléments méthodologiques.
Cette révision ne garantit pas que le dossier sera ensuite réglé. Des mesures supplémentaires pourraient être demandées si les résultats ne démontrent pas le respect des normes.
Le calendrier de divulgation a également retenu l’attention de la commission. Aucun délai précis n’est imposé à QSL pour remettre cette mise à jour. Le ministère a finalement précisé que les documents reçus pendant l’analyse environnementale seraient publiés après la publication du décret gouvernemental. Le public pourrait donc ne pas avoir accès à cette nouvelle information pendant les audiences.
Jusqu’où le fleuve peut-il absorber les impacts?
Au-delà du voisinage immédiat, plusieurs participants ont interrogé les autorités sur les effets combinés des projets portuaires le long du Saint-Laurent.
Le ministère de l’Environnement reconnaît que l’analyse projet par projet ne permet pas de répondre à toutes les questions concernant l’ensemble du fleuve.
« L’évaluation environnementale par projet a ses limites », a admis sa représentante, en évoquant le développement d’outils d’évaluation sectorielle et régionale.
Les échanges sur le chevalier cuivré ont illustré ces lacunes. Questionnée sur l’existence d’un seuil critique de perte d’habitat pour cette espèce, une biologiste du ministère a répondu : « Il n’y en a pas qui a été établi. »
Le ministère dit examiner la qualité des habitats touchés et leur importance pour l’espèce. Il privilégie d’abord l’évitement des impacts, puis leur réduction, avant d’envisager la compensation.
La capacité de recréer des herbiers demeure néanmoins incertaine. La représentante du ministère a reconnu disposer de peu de documentation sur des projets de compensation d’envergure ayant réussi. QSL devra donc étayer les chances de succès de ses propositions.
Des prévisions précisées
La séance a également permis de clarifier l’ampleur des activités envisagées. QSL présente désormais 35 navires par année comme la capacité maximale théorique du terminal. Le chiffre de 75 navires inscrit dans l’avis de projet de 2022 a été qualifié d’erreur.
« En toute honnêteté, je ne sais pas comment le calcul avait été fait, mais c’est impossible », a déclaré le porte-parole de QSL, Olivier Rochette.
L’entreprise prévoit une croissance graduelle, avec un horizon de dix ans ou davantage pour atteindre la maturité commerciale. Elle a aussi corrigé le calcul de la plage quotidienne de camionnage : les opérations de 7 h à 19 h correspondent à douze heures, plutôt qu’aux seize heures évoquées précédemment.
QSL défend son projet comme une nouvelle option logistique pour la région et le corridor Saint-Laurent–Grands Lacs. Les représentants gouvernementaux ont aussi souligné l’importance économique du transport maritime.
La commission a cependant rappelé, devant l’impatience exprimée par des citoyens, que son travail était loin d’être terminé.
« Notre analyse ne fait que commencer », a assuré la présidente. « Ça ne se termine pas ce soir. »
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