Traverse Sorel-Tracy : où en est le vaste projet de reconstruction ?
Alors que la traverse Sorel-Tracy–Saint-Ignace-de-Loyola est revenue au cœur des discussions durant la campagne électorale dans Richelieu, Sorel-Tracy Info s’est replongé dans les documents officiels entourant la reconstruction de ses infrastructures portuaires. Le projet a déjà fait l’objet de consultations et de présentations publiques. Mais où en est-il réellement à l’automne 2026 et, surtout, que prévoit-on concrètement à Sorel-Tracy ?
Sorel-Tracy, le 2 octobre 2026 — La traverse fait beaucoup parler dans la région depuis le début de la campagne électorale. Les discussions portent principalement sur la disponibilité des navires, la fréquence du service, les horaires et les attentes des usagers. À quelques jours du scrutin provincial, Sorel-Tracy Info a voulu revenir sur un autre volet de ce dossier, beaucoup moins visible, mais déterminant pour l’avenir de cette liaison : la reconstruction complète de ses infrastructures portuaires.
Le projet n’est pas nouveau. Il a déjà été annoncé, présenté à la population et a fait l’objet de consultations. Mais depuis ces consultations, les études techniques et environnementales se sont poursuivies et les documents officiels permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’ampleur de ce qui se prépare. Car le futur chantier ne consistera pas simplement à remplacer les rampes empruntées par les automobiles : il touchera le quai lui-même, ses structures enfouies, le fond du fleuve et une partie du quai Catherine-Legardeur.
Et malgré tout le travail effectué jusqu’ici, le projet n’est toujours pas rendu à l’étape de la construction. Au 18 septembre 2026, le gouvernement du Québec le classe encore officiellement « En planification », tandis que la Société des traversiers du Québec (STQ) estime maintenant le début des travaux à 2029, sous réserve des autorisations nécessaires.
Que se trouve-t-il sous le quai Catherine-Legardeur ?
C’est probablement l’une des parties les moins connues du dossier. Lorsqu’on se promène sur le quai Catherine-Legardeur, on voit un immense espace aménagé en bordure du Saint-Laurent. Sous cette surface se trouve cependant un véritable ouvrage portuaire dont certaines composantes remontent aux années 1970 et qui contribue à retenir cet immense terre-plein en bordure du fleuve.
Les documents déposés dans le cadre de la procédure environnementale révèlent notamment que la façade du quai Catherine-Legardeur doit être refaite. Plus intéressant encore, la documentation précise que, suivant les résultats de l’inspection effectuée, les tirants du quai pourraient devoir être remplacés. Ces tirants sont des éléments structuraux enfouis derrière la façade et contribuent à retenir l’ouvrage contre les forces exercées par les matériaux qui se trouvent derrière celui-ci.
Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une simple interprétation de la structure du quai. Un plan technique annexé à la documentation gouvernementale porte explicitement le titre « Sorel-Tracy – état des lieux et tirants de quai » et montre leur implantation. Les sondages exploratoires réalisés au cours des dernières années prennent ainsi tout leur sens : la STQ devait notamment examiner l’état des structures enfouies et de certaines composantes métalliques avant de compléter la conception du nouvel ouvrage.
Beaucoup plus qu’une nouvelle rampe
Les installations portuaires de Sorel-Tracy datent des années 1970 et celles de Saint-Ignace-de-Loyola des années 1960. Elles sont maintenant considérées comme étant en fin de vie utile. Le projet prévoit donc la reconstruction des infrastructures d’embarquement, la modernisation des dispositifs d’amarrage et des systèmes de défense, le remplacement de certains équipements ainsi que l’adaptation des installations aux futurs navires.
À Sorel-Tracy, le nouvel embarcadère doit notamment reposer sur deux ducs-d’Albe, associés à deux cellules de palplanches comblées de béton. Il comportera également deux rampes d’embarquement plutôt qu’une seule actuellement. Cette configuration doit notamment faciliter les opérations d’embarquement et de débarquement, offrir une certaine redondance et permettre une meilleure utilisation des futurs traversiers.
À cela s’ajoutent les infrastructures nécessaires aux futurs navires et à leur alimentation énergétique. Il faut donc considérer le projet comme une reconstruction du terminal maritime et non comme une simple rénovation de la rampe que voient quotidiennement les usagers.
Continuer les traversées pendant la reconstruction
Le défi est considérable puisque la STQ prévoit maintenir le service pendant le chantier. Il serait évidemment difficilement envisageable d’interrompre pendant une longue période une liaison qui transporte annuellement plus d’un million de personnes et plus de 700 000 véhicules. Il faudra donc pratiquement construire une deuxième installation provisoire avant de pouvoir s’attaquer à l’installation actuelle.
À Sorel-Tracy, le scénario prévoit l’aménagement d’un embarcadère temporaire du côté est du quai existant. Celui-ci comprendrait notamment une culée terrestre, une rampe mobile et des caissons flottants modulaires. Des pieux stabilisateurs et des équipements de défense permettraient aux traversiers d’utiliser cette installation pendant que les infrastructures permanentes seront démolies et reconstruites.
Le chantier se déroulerait ainsi en trois grandes phases. La première servirait à construire les installations temporaires et à y transférer les opérations. La seconde permettrait de démolir les infrastructures existantes et de construire le nouveau quai, la rampe mobile et l’ensemble des ouvrages permanents. Enfin, une fois le nouveau terminal mis en service, les installations temporaires seraient démantelées et le secteur remis en état. Les travaux doivent par ailleurs être réalisés une rive à la fois afin de préserver la liaison.
Des travaux jusque sous la surface du fleuve
Une autre dimension importante du projet se trouve sous l’eau. Selon le scénario présenté dans la documentation environnementale, les travaux à Sorel-Tracy pourraient nécessiter le dragage d’une superficie d’environ 13 000 mètres carrés, représentant quelque 18 000 mètres cubes de matériaux.
Ces chiffres doivent cependant être utilisés avec prudence. La documentation précise qu’il s’agit du scénario de dragage de plus grande envergure considéré au moment de la préparation du document. La conception finale et les exigences environnementales pourraient donc modifier ces quantités avant le début des travaux.
Cette intervention explique en partie l’ampleur des études actuellement réalisées. La STQ doit notamment documenter les conditions géotechniques, la nature des sols, les niveaux d’eau, les glaces et le comportement du fond du fleuve. À cela s’ajoutent les différentes études environnementales nécessaires avant qu’un projet de cette importance puisse être autorisé.
Où en est le processus environnemental ?
Le projet de reconstruction est déjà soumis à la Procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement du Québec méridional. Son dossier porte le numéro 3211-04-072 au Registre des évaluations environnementales du Québec et une consultation portant sur les enjeux à considérer dans l’étude d’impact a déjà été réalisée.
Cela ne signifie cependant pas qu’une audience publique du BAPE aura nécessairement lieu. Aucune audience publique du BAPE n’est actuellement annoncée pour le projet de reconstruction de la traverse. Le processus environnemental doit encore progresser et l’étude d’impact fait partie des travaux qui se poursuivent.
Les enjeux étudiés sont nombreux : habitat aquatique, faune, matières en suspension produites par les travaux, bruit, vibrations, circulation, poussière et risques de contamination accidentelle. Le chantier devra également composer avec le trafic maritime du Saint-Laurent tout en maintenant les activités normales de la traverse.
Et l’accès au quai Catherine-Legardeur ?
C’est probablement l’une des préoccupations les plus concrètes pour les citoyens. Au fil des années, le quai Catherine-Legardeur est devenu beaucoup plus qu’une infrastructure portuaire : il constitue un important espace public du secteur riverain et accueille différentes activités.
Selon les informations actuellement publiées par la STQ, le parc et le quai Catherine-Legardeur devraient demeurer accessibles en partie pendant les travaux. Une portion du secteur devra néanmoins être intégrée au périmètre sécurisé du chantier et sera temporairement inaccessible. Le bassin Lanctôt devrait également demeurer accessible, sous réserve de changements ponctuels pouvant devenir nécessaires au cours des travaux.
La configuration exacte du chantier n’est toutefois pas encore définitive. Les plans et devis sont toujours en préparation, ce qui signifie que certains détails concernant les accès, les zones de chantier et la circulation pourront encore évoluer avant 2029.
Plus d’un million de personnes chaque année
L’importance de la reconstruction prend une autre dimension lorsqu’on considère l’achalandage de la traverse. Selon la STQ, plus de 24 500 traversées sont effectuées annuellement entre Sorel-Tracy et Saint-Ignace-de-Loyola. Elles permettent le transport de plus d’un million de personnes et de plus de 700 000 véhicules par année.
Le gouvernement considère cette liaison comme un axe de transport maritime structurant entre la Montérégie et Lanaudière. L’enjeu n’est donc pas seulement de remplacer des installations vieillissantes, mais de construire des infrastructures capables de répondre aux besoins des prochaines décennies.
Où en sommes-nous à l’automne 2026 ?
Malgré les consultations déjà tenues, les sondages, les études techniques et les concepts présentés, le projet demeure officiellement à l’étape de la planification. Le Tableau de bord des projets d’infrastructure du gouvernement du Québec, mis à jour le 18 septembre dernier, le confirme.
Le projet avait franchi l’étape « À l’étude » avant de passer officiellement à l’étape « En planification » en novembre 2023. La STQ demeure responsable du projet tandis que la Société québécoise des infrastructures participe à sa gestion comme projet majeur. La conception des plans et devis ainsi que l’étude d’impact environnemental se poursuivent.
La STQ indique aujourd’hui que le début des travaux est estimé à 2029. Cette échéance est importante puisque certains documents plus anciens présentaient des calendriers préliminaires plus rapprochés. Pour connaître la situation actuelle, c’est donc l’échéancier publié aujourd’hui par la STQ qu’il faut retenir.
Quant au coût, le fait que le projet soit assujetti aux règles gouvernementales applicables aux projets majeurs et au seuil de 75 millions de dollars ne signifie pas que sa facture finale sera de 75 millions. Le coût définitif du chantier reste à préciser à mesure que progresseront la conception, les études environnementales et les choix techniques.
Une autre dimension du débat sur la traverse
En pleine campagne électorale dans Richelieu, les discussions portent naturellement sur les problèmes vécus aujourd’hui par les usagers : disponibilité des navires, fréquence des traversées, files d’attente et fiabilité du service. Mais derrière cette réalité quotidienne se prépare un chantier dont les conséquences s’étendront sur plusieurs décennies.
Quel que soit le niveau de service que l’on souhaite offrir dans l’avenir, les navires devront disposer d’infrastructures capables de les accueillir. Or, sous le quai Catherine-Legardeur que fréquentent quotidiennement les citoyens se trouvent des structures vieilles d’environ un demi-siècle. La façade doit être reconstruite, certains tirants pourraient devoir être remplacés, le fond du fleuve pourrait nécessiter d’importants travaux de dragage et une installation portuaire temporaire devra être construite afin de maintenir le service pendant le chantier.
Le projet a déjà été présenté et a fait l’objet de consultations. Mais à l’automne 2026, sa réalisation demeure encore devant nous. Il est toujours officiellement en planification et le début du chantier est maintenant envisagé pour 2029.
Alors que la traverse revient au cœur de l’actualité régionale, il est donc pertinent de regarder au-delà des navires et des rampes visibles à la surface. Une partie importante de l’avenir de la traverse Sorel-Tracy–Saint-Ignace-de-Loyola se prépare aussi sous nos pieds.
Sources officielles consultées par Sorel-Tracy Info
Pour ce dossier, Sorel-Tracy Info s’est appuyé sur la documentation de la Société des traversiers du Québec, le Registre des évaluations environnementales et le Tableau de bord des projets d’infrastructure du gouvernement du Québec.
Registre des évaluations environnementales — dossier 3211-04-072 · Avis de projet et annexes techniques de la STQ (PDF) · STQ — Projet de reconstruction des infrastructures portuaires · Tableau de bord gouvernemental — projet 207











