Au Biophare, André Côté fait revivre l’histoire de la raquette à neige
Une passion née dans les bois de Sorel, plus de 200 clubs de raquetteurs répertoriés et des objets aussi rares qu’insolites : André Côté dévoile au Biophare une collection qui raconte l’évolution de la raquette à neige et une partie méconnue de notre patrimoine hivernal.
Sorel-Tracy, le 17 octobre 2026 — Bien avant que la motoneige ne transforme les déplacements hivernaux, la raquette à neige occupait une place essentielle dans la vie quotidienne des populations nordiques. D’abord utilisée comme moyen de déplacement, elle est progressivement devenue une activité sportive, un loisir et un symbole du patrimoine québécois. C’est cette évolution que propose de découvrir le Biophare avec sa nouvelle exposition temporaire, La raquette à neige, symbole de nos hivers d’antan, présentée du 18 octobre 2026 au 30 mai 2027.
Derrière cette exposition se trouve André Côté, un collectionneur passionné qui a consacré plusieurs décennies à réunir des raquettes, des documents historiques et différents objets liés à leur utilisation. Rencontré par Sorel-Tracy Info, il raconte comment une activité pratiquée durant son adolescence, alors qu’il chassait le lièvre et posait des pièges à fourrure près de Sorel, est devenue une véritable passion pour l’histoire.
Interrogé sur ce qui l’a amené à constituer une collection aussi importante, André Côté évoque d’abord « la variété des modèles de raquettes ».
« En fouillant sur les raquettes comme telles, je me suis retrouvé dans les clubs de raquetteurs. Dans le fond, l’exposition, il y a comme deux choses : la raquette en tant que telle, puis les clubs de raquetteurs et tout ce que ça concerne », explique-t-il.
Cette découverte a donné une nouvelle dimension à sa collection. Au-delà des raquettes elles-mêmes, André Côté s’est intéressé à tout ce qui entourait les associations de raquetteurs, particulièrement populaires au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle.
Plus de 200 clubs de raquetteurs répertoriés
Au fil de ses recherches, André Côté a constitué un inventaire de plus de 200 clubs de raquetteurs. Ces associations possédaient souvent une identité distinctive, avec un nom, un slogan, un costume, un écusson et parfois même un drapeau ou une fanfare.
« Les clubs de raquetteurs, c’est intéressant parce qu’ils ont un nom, un slogan, un costume, un écusson, parfois une fanfare avec tambours et clairons, parfois un drapeau, puis des objets de promotion à vendre. J’ai ramassé plein de ces choses-là », raconte le collectionneur.
Au début des années 1900, les rassemblements de raquetteurs étaient particulièrement populaires. Des conventions et des congrès internationaux réunissaient les membres de différentes associations. Les programmes de ces événements constituent aujourd’hui de précieuses sources documentaires, permettant notamment de retrouver les noms des clubs, de leurs dirigeants et des participants.
L’importance accordée aux costumes et aux accessoires témoigne du caractère organisé de ces associations, qui représentaient bien davantage qu’une simple activité sportive. Une figurine présentée dans le cadre de l’exposition rappelle d’ailleurs cette époque où les raquetteurs affichaient les couleurs de leur club.
Quatre clubs auraient existé à Sorel
L’un des aspects les plus intéressants des recherches d’André Côté concerne directement l’histoire soreloise. Selon les informations qu’il a recueillies, quatre clubs de raquetteurs auraient existé à Sorel.
Paradoxalement, c’est sur ces associations locales qu’il possède le moins de documentation.
« Chose curieuse, c’est que pour les clubs de raquetteurs de Sorel, ce filon-là, c’est mon filon le plus pauvre. Il n’y a pas beaucoup de choses », constate-t-il.
Le collectionneur mentionne notamment un club portant le nom de Sorel, qui revient plus fréquemment dans les documents historiques qu’il a consultés.
Cette rareté documentaire laisse entrevoir tout un pan de l’histoire sportive et sociale soreloise qui demeure encore à explorer.
De l’outil indispensable au loisir hivernal
L’histoire de la raquette à neige est étroitement liée aux peuples autochtones, qui ont développé différents modèles adaptés aux conditions du territoire. Pendant des générations, elle a permis aux chasseurs, aux trappeurs, aux arpenteurs et aux travailleurs forestiers de se déplacer sur d’importantes accumulations de neige.
Avec l’apparition des clubs de raquetteurs, elle est également devenue une activité sportive et sociale. Mais à partir des années 1960, ces associations ont progressivement disparu, tandis que le ski alpin et la motoneige gagnaient en popularité.
André Côté souligne que cette transformation a profondément modifié la pratique de la raquette.
« Malheureusement, je n’ai pas pu faire partie de clubs de raquetteurs parce qu’au moment où je pouvais faire de la raquette, il n’y avait plus de clubs », explique-t-il.
Selon lui, l’arrivée de la motoneige a notamment contribué à remplacer la raquette dans plusieurs activités professionnelles, particulièrement chez les travailleurs appelés à se déplacer dans des secteurs enneigés.
Aujourd’hui, la raquette demeure une activité populaire, mais sa pratique s’effectue davantage individuellement, en couple ou en famille, plutôt qu’au sein des grandes associations d’autrefois.
« Elle revient, mais elle ne revient pas sous forme de clubs de raquetteurs. Elle revient de façon individuelle ou familiale, ou en couple », précise-t-il.
Une autre façon de vivre la nature
Interrogé sur ce qu’il aimerait transmettre aux jeunes générations, André Côté insiste sur la relation particulière que la raquette permet d’entretenir avec l’environnement.
« Quand on fait de la raquette, assez souvent, on se trouve en silence dans la nature », observe-t-il.
Il établit une distinction entre les déplacements motorisés et cette activité qui permet de découvrir les paysages hivernaux à un rythme plus lent.
« Avec la motoneige, on a l’impression de dominer la nature. La raquette, on a l’impression de faire partie de la nature. C’est probablement ça que les raquetteurs d’aujourd’hui adorent », souligne-t-il.
Cette réflexion prend une résonance particulière à une époque où plusieurs personnes recherchent des activités de plein air permettant de ralentir le rythme et de profiter de leur environnement.
Avec humour, André Côté résume d’ailleurs cette expérience en un jeu de mots : « Quand on fait de la raquette, on est en ré-création. »
Des raquettes pour les chevaux
Parmi les nombreuses pièces présentées au Biophare, certaines témoignent d’utilisations beaucoup moins connues de la raquette à neige. André Côté possède notamment deux raquettes destinées aux chevaux, l’une en bois et l’autre en métal.
Ces objets comptent parmi les pièces auxquelles il accorde une affection particulière.
« J’ai deux raquettes pour les chevaux, une en bois puis une en fer. Ce sont les pièces les plus bizarres auxquelles je tiens beaucoup. Ce n’est pas joli, mais c’est plutôt rare », confie-t-il.
Le collectionneur reconnaît posséder peu d’informations sur leur origine exacte. Il évoque néanmoins leur utilisation dans certaines régions enneigées, notamment au Nouveau-Brunswick, et possiblement ailleurs en Amérique du Nord.
Selon les renseignements qu’il a recueillis, une raquette pouvait être fixée à une seule patte du cheval afin de lui permettre de prendre appui sur la neige.
« Ce qui était curieux, c’est qu’on mettait seulement une raquette au cheval, à la patte de droite. Lorsqu’il déposait le pied, il se sentait en sécurité. Là, il se permettait d’avancer », explique André Côté.
Ces objets insolites illustrent la diversité des solutions imaginées autrefois pour composer avec les rigueurs de l’hiver.
La collection comprend également des modèles traditionnels autochtones, dont une ancienne raquette innue provenant de la Côte-Nord. André Côté estime que cette pièce remonte approximativement à l’époque de la Seconde Guerre mondiale.
Ce modèle témoigne d’un savoir-faire développé et transmis au fil des générations, bien avant que la raquette ne devienne un équipement de loisir.
Un patrimoine à transmettre
Avec La raquette à neige, symbole de nos hivers d’antan, le Biophare propose une incursion dans un univers qui dépasse largement l’histoire d’un simple équipement hivernal. Les visiteurs pourront découvrir différents modèles de raquettes, leurs composantes, leurs usages ainsi que l’univers des clubs et des conventions qui ont marqué plusieurs générations.
L’exposition témoigne également du travail de recherche et de conservation réalisé par André Côté, dont la collection contribue à préserver des objets et des documents qui auraient autrement pu disparaître de la mémoire collective.
À travers ces pièces, c’est une partie de l’histoire du Québec, mais aussi de celle de Sorel, qui reprend vie.
L’exposition sera présentée au Biophare, à Sorel-Tracy, du 18 octobre 2026 au 30 mai 2027.
Pour plus de renseignements : Le Biophare — Exposition temporaire.
Sources : communiqué du Biophare du 15 octobre 2026 et entrevue exclusive réalisée par Sorel-Tracy Info avec André Côté.










