Perspectives économiques 2025 : entre incertitude mondiale et résilience régionale
Philippe Manning | Éditeur et directeur de l'information Sorel-Tracy Info
Sorel-Tracy, 14 novembre 2025 — Le 13 novembre 2025, la Chambre de commerce et d’industrie de Sorel-Tracy accueillait à l’Hôtel de la Rive un dîner-conférence très attendu portant sur les perspectives économiques et financières de l’année à venir. La présentation, livrée par Mme Florence Jean-Jacobs, économiste principale au Mouvement Desjardins, a offert un portrait lucide, nuancé et richement documenté de l’état de l’économie mondiale, canadienne, québécoise et régionale.
D’entrée de jeu, Mme Jean-Jacobs a rappelé que l’économie traverse une période marquée par des vents contraires persistants, particulièrement liés au contexte géopolitique et à la montée du protectionnisme américain. Elle a souligné que les niveaux d’incertitude politique et commerciale aux États-Unis atteignent des sommets inégalés, « même plus élevés que pendant la pandémie ». Les récents tarifs imposés par Washington – sur l’automobile, l’acier, l’aluminium, les produits du bois ou encore les véhicules lourds – replacent l’économie mondiale dans un climat qui rappelle « les années 1930 en matière de barrières commerciales ».
Malgré ce contexte difficile, l’économiste se veut rassurante : ni le Canada ni le Québec ne se dirigent vers une récession, mais plutôt vers un « creux de vague » avant une remontée graduelle. Le Canada demeure relativement protégé grâce à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui permet encore d’exempter une large part des exportations canadiennes des surtaxes imposées par Washington. « Environ 88 % de ce qui entre aux États-Unis en provenance du Canada demeure exempté de tarifs », a-t-elle précisé.
À l’international, la croissance mondiale devrait tourner autour de 2,8 % en 2025, un rythme modeste mais stable. L’Europe peine à retrouver son souffle, tandis que l’économie américaine démontre une résilience notable, soutenue par la consommation intérieure et un essor marqué des investissements dans les technologies et l’intelligence artificielle.
« La Montérégie tire son épingle du jeu grâce à sa diversification. C’est une région capable de transformer l’incertitude en opportunités, autant dans le manufacturier que dans la construction et les services. »
Florence Jean-Jacobs, économiste principale au Mouvement Desjardins
Pour le Canada, les perspectives demeurent contrastées. L’économie a connu une contraction au deuxième trimestre, principalement attribuable à la baisse des exportations et au recul des investissements des entreprises. Toutefois, la consommation intérieure tient bon, et plusieurs mesures gouvernementales — notamment en infrastructures, en transition énergétique et en défense — viendront soutenir la croissance en 2025 et 2026.
Mme Jean-Jacobs a également mis en lumière deux tendances structurantes :
La stagnation démographique, conséquence d’un ralentissement marqué de l’immigration temporaire ;
L’essoufflement du marché du travail, bien que les signes récents indiquent une stabilisation progressive.
Du côté de la Montérégie, les nouvelles sont plus encourageantes. Diversifiée, la région « tire son épingle du jeu » grâce à la présence équilibrée de secteurs manufacturiers, de la construction, des services, de la finance et de l’immobilier. Les prévisions montrent une croissance légèrement supérieure à celle de l’ensemble du Québec, ainsi qu’un taux de chômage parmi les plus bas de la province en 2025-2026. Le logement locatif, notamment, connaît une forte poussée qui soutient l’industrie de la construction.
« Malgré les vents contraires et l’incertitude politique mondiale, ni le Canada ni le Québec ne se dirigent vers une récession. Nous traversons un creux de vague, mais les bases de notre économie demeurent solides. »
Florence Jean-Jacobs, économiste principale au Mouvement Desjardins
En conclusion, Mme Jean-Jacobs rappelle que l’économie traverse un cycle d’incertitude, mais que les bases demeurent solides. La clé, selon elle, sera la capacité des entreprises à s’adapter – que ce soit par la diversification des marchés, l’innovation ou la modernisation de leurs équipements. « Il faut s’ajuster à la nouvelle réalité. L’avenir dépendra de notre capacité à naviguer dans un environnement en transformation rapide. »
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