Jennifer Manning fait entrer la langue des signes au cœur de « À toi, pour toujours, ta Marie-Lou »
Sorel-Tracy, le 27 février 2026 — Originaire de Sorel-Tracy, Jennifer Manning incarne Marilou dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay, présentée le 27 février au Théâtre du Rideau Vert à Montréal. Dans cette adaptation où la langue des signes québécoise (LSQ) est pleinement intégrée à la mise en scène, il ne s’agit plus simplement d’accessibilité : il s’agit d’art, d’incarnation et de reconnaissance.
Formée en France pendant deux ans, Jennifer partage aujourd’hui sa carrière entre l’Europe et le Québec. Lorsqu’on lui a proposé ce contrat d’adaptation en langue des signes, elle n’a pas hésité.
« On l’a signé direct. On s’est dit que ça devait maintenant se faire comme ça. »
Depuis longtemps, elle milite pour que les artistes sourds occupent véritablement la scène.
« On veut des artistes sourds sur la scène. Pas seulement des interprètes dans le coin. Pendant des années, l’accessibilité, c’était des interprètes entendants placés sur le côté. On les remercie, ils ont permis une certaine ouverture. Mais là, on veut un niveau de plus. »
Jennifer Manning, actrice et interprète en langue des signes
Adapter une œuvre emblématique de Tremblay représente un défi de taille.
« Michel Tremblay, c’est un emblème québécois. C’est du gros joual, c’est dense. Il a fallu traduire, adapter, déterminer les sens ensemble. Et comme la pièce date des années 60, même les signes doivent refléter une autre époque. »
Jennifer Manning, actrice et interprète en langue des signes
Jennifer estime avoir investi plus de 50 heures dans le projet : traduction, répétitions, réunions et travail corporel approfondi.
« Il faut que mon corps, mon visage, mes expressions, mais aussi mes mains retrouvent l’essence de Marie-Lou. Je dois faire un avec mon personnage, tout en restant attentive aux indices qu’on s’est donnés pour garder le rythme. »
La clé : l’équipe
Pour elle, le succès du projet repose d’abord sur la collaboration.
« La clé, c’est vraiment l’équipe. Seule, ça aurait été impossible. »
Quatre comédiens sourds ont travaillé en solidarité. Les comédiens entendants, souligne-t-elle, ont fait preuve d’une grande ouverture.
« Ils étaient d’une bienveillance incroyable. Ils se sont ajustés à nous, ils nous ont posé des questions, ils ont appris des signes pour mieux communiquer. Ça a tout changé. »
Elle insiste également sur l’importance des deux interprètes LSQ, Catherine et Marie.
« Sans elles, on n’aurait pas le rythme. Les interprètes, c’est essentiel. »
La mise en scène de Henri Chassé a permis d’aboutir à une formule bilingue et biculturelle, intégrant à certains moments les artistes sourds directement sur scène.
Henri Chassé a d’ailleurs adoré l’expérience et s’est montré enthousiaste face à cette démarche novatrice, qui ouvre la porte à une redéfinition de l’espace scénique.
Un précédent au Rideau Vert ?
À la direction du Théâtre du Rideau Vert, Benoît McGinnis s’apprête à entamer, à l’automne prochain, une première saison complète sous sa direction artistique, après que Denise Filiatrault ait passé le flambeau.
Présent lors de cette production, Benoît McGinnis n’a pas fermé la porte à ce type d’initiative pour l’avenir. Sans annoncer de projet précis, il a laissé entendre que ce genre d’intégration artistique pourrait très bien s’inscrire dans la vision du théâtre sous sa gouverne.
Pour Jennifer, cette ouverture est significative.
« Maintenant, on a un exemple concret. On peut montrer que les artistes sourds peuvent prendre possession de la scène. Le public sourd peut s’asseoir dans la salle et apprécier une pièce comme tout le monde. Définitivement, ça va créer un précédent. »
Jennifer Manning, actrice et interprète en langue des signes
À la veille d’une salle presque pleine, elle confiait ressentir un mélange d’excitation et de trac.
« Quand les lumières vont s’allumer, mon cœur va sortir de mon corps ! Mais c’est un stress positif. Oui, j’ai hâte. »
Entre la France, Paris, Toulouse et bientôt l’Angleterre pour un festival d’artistes sourds, Jennifer Manning poursuit son parcours avec ambition.
« J’aimerais devenir artiste internationale. Les portes commencent à s’ouvrir tranquillement. J’ai plusieurs rêves. »
Et ce 27 février, au Rideau Vert, elle en concrétise déjà un.
Merci de partager
- Partager sur Bluesky(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Bluesky
- Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
- Partager sur Threads(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Threads
- Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
- Partager sur Telegram(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Telegram
- Partager sur Reddit(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Reddit
- Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail
- Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer

















