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HISTOIRE ET PATRIMOINE

Histoires de femmes à Saint‑Gérard‑Majella

Saint‑Gérard‑Majella, le 26 octobre 2021 — Cette émission de L’Histoire de Sorel nous transporte à Saint‑Gérard‑Majella, où se déploie un récit profondément marqué par les femmes qui ont façonné la mémoire familiale et communautaire du village. Le fil conducteur passe par Christine Lemaire, historienne et autrice, qui revient aux sources en achetant la maison de ses grands‑parents, une demeure qu’elle décrit comme « une vraie caverne d’Ali Baba » remplie d’objets et de traces laissées par plusieurs générations. Pour Christine, ce retour est à la fois un geste de patrimoine, un lieu d’écriture et une manière de renouer avec les figures féminines qui ont marqué sa vie.

Elle évoque sa grand‑mère Clémence Nadeau, institutrice, présidente des Fermières de Saint‑Gérard, femme d’une grande autonomie qui a transmis à ses filles l’importance de l’éducation. C’est elle qui a donné à Christine le goût de l’histoire, notamment en lui apprenant l’histoire de Madeleine de Verchères à partir d’un vieux manuel des Frères des écoles chrétiennes. Christine souligne aussi la force de caractère de son arrière‑grand‑mère Georgiana Joyal, devenue veuve à 29 ans, refusant de se remarier malgré les pressions et tenant la terre seule jusqu’à ce que ses fils puissent la reprendre. Ces femmes, dit-elle, incarnaient un esprit d’indépendance rare pour leur époque.

La parole passe ensuite à Fleurette Durocher, 89 ans, qui transmet sa maison à Christine. Elle raconte son enfance dans le rang Saint‑Antoine, la ferme laitière, les chevaux, les travaux agricoles, les retours de Montréal chaque fin de semaine, et la vie communautaire du village. Elle se souvient : « Mon père embarquait sur le dos du cheval… » et raconte avoir déjà arrêté un cheval parti au galop. Comme les femmes ne pouvaient pas devenir fermières, elle est partie travailler à Montréal, où elle a vécu avec ses sœurs. Elle a ensuite formé plus de 2000 conducteurs comme monitrice d’auto‑école. Sa mère, Clémence, était reconnue pour son dévouement, allant jusqu’à agir comme sage‑femme dans la communauté. Fleurette conserve des archives familiales précieuses, albums et photos annotées, et insiste sur l’importance de « toujours écrire le nom et l’année derrière les photos ».

Pour conclure l’émission, l’historienne Louise Biron présente Madeleine Tissand, fille du roi née en 1650 en Île‑de‑France, protestante, orpheline, arrivée dans le dernier contingent de 1673. Son premier contrat de mariage est annulé, probablement parce qu’on lui conseille un meilleur parti. Elle épouse finalement Pierre Parenteau dit Lafontaine, domestique du seigneur Jean Crevier, et s’établit dans la seigneurie de Saint‑François. Devenue veuve, elle se remarie avec Jean Charpentier dit Pythagas, personnage turbulent expulsé de Québec pour vols. Madeleine revient seule à Saint‑François avec ses enfants et y décède en 1705. Sa descendance, notamment les Parenteau, est aujourd’hui bien implantée à Yamaska et Saint‑Gérard‑Majella.

À travers ces récits, l’émission met en lumière des femmes fortes, autonomes, créatives et résilientes, dont les histoires personnelles s’entrelacent avec celle du village. De Clémence et Georgiana à Fleurette et Christine, jusqu’à Madeleine Tissand, ce sont des femmes qui ont bâti, transmis et incarné la mémoire vivante de Saint‑Gérard‑Majella.

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