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HISTOIRE ET PATRIMOINE

Le premier sapin illuminé: quand Noël s’enracinait à Sorel-Tracy

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Sorel-Tracy, le 9 décembre 2020 — Dans le cadre de la série Histoires de Saurel, Jocelyn Daneau reçoit l’historien et professeur Patrick Péloquin pour une entrevue consacrée aux origines de Noël, à ses traditions et à un épisode bien particulier de l’histoire régionale: celui du premier sapin illuminé à Sorel-Tracy.

La discussion nous transporte d’abord très loin dans le temps, jusqu’aux civilisations anciennes qui célébraient déjà le retour de la lumière au moment du solstice d’hiver. Bien avant d’être associée à la naissance du Christ, la période de Noël s’inscrivait dans un besoin profondément humain: marquer la fin des jours les plus sombres et accueillir peu à peu le retour de la clarté. Patrick Péloquin rappelle ensuite comment cette fête solaire a été intégrée au calendrier chrétien, puis transmise en Nouvelle-France par les missionnaires, les familles et les traditions religieuses.

L’entrevue aborde aussi la place centrale de la messe de minuit, du réveillon, des cantiques, des crèches vivantes, des étreennes du jour de l’An et de l’Épiphanie. On y découvre un Noël longtemps plus sobre, plus religieux, très différent de la fête commerciale que nous connaissons aujourd’hui. Les cadeaux, le Père Noël, les cartes de souhaits et plusieurs habitudes modernes apparaîtront surtout avec l’influence britannique, l’époque victorienne, l’industrialisation et la société de consommation.

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Mais le coeur de l’échange nous ramène à Sorel-Tracy, en 1781, à la maison des gouverneurs. À cette époque, dans le contexte de la Révolution américaine et de la crainte d’une invasion par le Richelieu, des soldats allemands sont appelés en renfort par les Britanniques. Le général Friedrich Adolf von Riedesel s’installe alors dans la région avec sa famille. Sa femme, la baronne von Riedesel, aurait voulu célébrer Noël « à l’allemande », avec un sapin, tout en intégrant aussi une tradition anglaise comme le plum pudding.

C’est ici que naît la fameuse controverse: peut-on vraiment affirmer qu’il s’agissait d’un sapin illuminé? Patrick Péloquin nuance la question avec le regard de l’historien. Les sources directes ne décrivent pas toujours l’arbre avec tous les détails souhaités, mais la tradition allemande du sapin décoré et éclairé était déjà bien établie en Europe. Ainsi, lorsqu’on parle d’un « sapin allemand » en 1781, il est tout à fait plausible d’y voir un sapin décoré et illuminé, probablement à l’aide de petites bougies.

Cette entrevue permet donc de revisiter un symbole fort de l’identité soreloise, sans tomber dans le mythe simplifié. Le sapin de 1781 n’a peut-être pas fait rayonner à lui seul la tradition partout en Amérique, mais il demeure un repère fascinant de notre histoire locale. À travers lui, c’est toute l’évolution de Noël qui se révèle: une fête de lumière, de foi, de famille, de mémoire et de retrouvailles.

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