HISTOIRES DE SAUREL

La petite maison rouge : un trésor patrimonial au cœur de Sorel‑Tracy

Sorel-Tracy, le 19 août 2020 — L’entrevue avec Patrick Péloquin met en lumière la petite maison rouge, située au coin des rues Prince et Victoria, un bâtiment modeste mais d’une grande valeur historique pour Sorel‑Tracy. Péloquin explique que cette maison, construite vers 1846, est l’un des rares exemples encore debout de l’architecture des habitants du XIXᵉ siècle, un type de demeure qui a souvent disparu avec le temps. Ce qui rend la maison particulièrement précieuse, dit-il, c’est que « nous connaissons tous les propriétaires depuis 1837 », ce qui permet de retracer non seulement l’histoire du bâtiment, mais aussi celle des familles qui ont façonné ce quartier.

La construction de la maison est attribuée à William Hunter, un ingénieur venu de Mascouche. Lorsqu’il achète le lopin de terre en 1846, l’acte notarié ne mentionne aucun bâtiment. Mais quelques années plus tard, dans le testament de son épouse, on retrouve la mention du terrain, de la maison, d’une laiterie et de dépendances. Péloquin explique que cela permet de présumer que la maison a été construite à l’arrivée du couple. Jusqu’en 1926, les propriétaires sont des anglophones, ce qui reflète l’époque de William Henry, où Sorel était une ville mixte, francophone et anglophone. Ce n’est qu’en 1926 que la maison passe aux mains de Denis Lemoine, puis de la famille Mongeau.

La ville de Sorel‑Tracy acquiert la maison vers 2014, alors que les propriétaires ne parvenaient plus à la vendre et envisageaient de la démolir. Péloquin insiste : « Il faut préserver notre patrimoine ». La maison est un exemple typique du style néoclassique rural : plan rectangulaire, toit à deux versants, galerie protégée par le prolongement du toit, symétrie des ouvertures, et deux cheminées latérales. Ce qui la distingue, c’est qu’elle a été préservée presque intacte, contrairement à la majorité des maisons d’habitants, souvent détériorées ou transformées au fil des décennies.

La maison est construite en brique d’argile locale, probablement issue des Shepard, ce qui ajoute à son intérêt patrimonial. Mais cette particularité rend aussi le bâtiment fragile : les murs reposent directement sur le sol, sans fondations solides, ce qui cause des déformations et des risques structurels. Péloquin explique que la ville doit constamment « jouer au balancier » entre la préservation et les coûts potentiels de restauration. Une maison historique inoccupée est en danger, rappelle-t-il, c’est pourquoi la ville a permis au Centre des arts contemporains du Québec d’y installer ses bureaux temporairement, assurant ainsi une occupation minimale et une surveillance continue.

À côté de la maison se trouve une petite laiterie, dépendance typique de l’époque. Péloquin démystifie une légende locale : ce petit bâtiment n’a jamais été une prison, mais servait plutôt à entreposer le lait et peut-être à abriter de petits animaux. Il fait partie intégrante de l’ensemble patrimonial et doit être protégé lui aussi.

Enfin, Péloquin élargit la réflexion à la protection du patrimoine dans toute la ville. Grâce au plan d’implantation et d’intégration architecturale du Vieux‑Sorel et au comité du patrimoine, la ville accélère la citation de bâtiments d’intérêt. La petite maison rouge devient ainsi un symbole de cette volonté de préserver les traces matérielles de l’histoire locale, essentielles au sentiment d’appartenance des citoyens.

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