HISTOIRES DE SAUREL

François Bibeau : l’aventure d’un pionnier de la Nouvelle‑France

Sorel-Tracy, le 20 juin 2021 — L’entrevue menée à la Maison des gouverneurs de Sorel‑Tracy met en lumière la vie fascinante de François Bibeau, un ancêtre dont le parcours illustre à la fois la dureté de la Nouvelle‑France et l’audace de ceux qui ont choisi d’y bâtir leur avenir. Avec passion et précision, Madeleine Blanche‑Lussier raconte l’histoire de cet homme qui, arrivé en 1656, n’était ni un riche colon ni un marchand établi, mais un simple jardinier sans métier fixe, poussé par la pauvreté de la France du XVIIᵉ siècle et par un certain goût de l’aventure.

Elle rappelle d’abord ce qu’est un censitaire, « celui qui paye le cens », un occupant de terre concédée par un seigneur, soumis à des obligations mais bénéficiant de privilèges comme « moudre son grain au moulin que le seigneur a été obligé de faire bâtir ». C’est dans ce système que Bibeau finira par s’inscrire, mais seulement après une vie de déplacements, d’essais, d’échanges de terres et de voyages.

Originaire de La Rochelle, issu d’un milieu protestant converti, François Bibeau signe en 1656 un contrat d’engagement de trois ans. Sa signature, « plus un dessin qu’une signature », laisse croire qu’il ne savait ni lire ni écrire. Il traverse l’Atlantique sur le navire René et travaille chez Élie Bourbeau, un entrepreneur protestant converti. Comme beaucoup d’immigrants de l’époque, il n’a rien à perdre : la France est pauvre, les gens se déplacent de village en village pour survivre, et la Nouvelle‑France offre au moins une possibilité.

Son parcours est marqué par une mobilité constante. Il s’installe au Cap‑de‑la‑Madeleine, dans la seigneurie des Jésuites, puis sur diverses côtes. Il échange des terres, non par spéculation, mais par nécessité. Lussier insiste : il n’a pas le sens des affaires, « il est mort pauvre… son fils a dû payer ses funérailles ».

Sa vie familiale est tout aussi mouvementée. Il tente d’abord d’épouser une fille du roi, Jeanne de Mérine, qui annule le contrat et retourne en France. Il épouse ensuite Jeanne Chalifou, qui meurt en couche. Son troisième mariage, avec Louise Hénard, âgée de 15 ans, s’inscrit dans une histoire familiale rocambolesque. Ensemble, ils auront neuf enfants, dont Nicolas, ancêtre des Bibeau de Sorel.

Mais l’aspect le plus marquant de sa vie demeure son rôle de coureur des bois. Bibeau participe à la grande expédition de 1671 à Sault‑Sainte‑Marie, aux côtés de Louis Jolliet, Guy de Luson et Nicolas Perrot. Cette cérémonie spectaculaire, destinée à impressionner les nations autochtones, marque la prise de possession officielle de l’Ouest et du Sud jusqu’à la Louisiane au nom du roi de France. Son nom figure sur le monument commémoratif.

François Bibeau termine sa vie à Saint‑François‑du‑Lac, endetté mais ayant laissé une descendance nombreuse et bien établie. Pour Madeleine Blanche‑Lussier, son histoire incarne le courage, l’instinct de survie et « le goût de l’aventure » nécessaires pour s’enraciner dans un pays neuf. Un homme qui bouge, qui tente, qui recommence — et dont les traces sont encore visibles aujourd’hui dans la région de Sorel.

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