Pourquoi demande-t-on encore aux artistes de travailler gratuitement ?
Sorel-Tracy, le 21 mai 2026 — « Salut Facebook, fais ta job, trouve-moi un artiste… » Ce type de publication, que l’on voit régulièrement circuler dans les milieux culturel, communautaire et événementiel, relance une réflexion devenue récurrente : pourquoi considère-t-on encore trop souvent le travail artistique comme un service que l’on peut demander gratuitement?
Photographes, musiciens, artistes visuels, techniciens, animateurs ou créateurs de contenu se retrouvent fréquemment sollicités pour offrir leur expertise sans rémunération, comme si la visibilité pouvait remplacer un véritable cachet.
« Pourquoi demande-t-on encore aux artistes et créateurs d’offrir gratuitement un travail pourtant professionnel ? »
Philippe Manning - éditeur et chroniqueur
Dans une région comme la nôtre, où plusieurs artisans culturels évoluent déjà dans des conditions financières fragiles, la banalisation du « Probono* » soulève un malaise bien réel.
Car derrière une simple publication Facebook se cache parfois une perception plus large : celle où le travail culturel devient optionnellement rémunéré.
Pourtant, peu de gens demanderaient spontanément à un plombier, un électricien ou un traiteur d’offrir gratuitement leurs services « pour aider » ou « pour la visibilité ». Pourquoi cette logique revient-elle aussi souvent lorsqu’il s’agit de photographie, de musique ou d’animation culturelle?
Des diffuseurs culturels d’ici, comme la Maison de la musique de Sorel-Tracy, rappellent régulièrement l’importance de reconnaître la valeur du travail artistique — et ils ont raison. Derrière une photo publiée, une prestation musicale ou une animation culturelle, il y a des années d’apprentissage, d’équipement, de déplacements, de préparation et d’expérience terrain.
Bien sûr, le bénévolat existe et continuera d’exister. Plusieurs créateurs choisissent eux-mêmes d’appuyer certaines causes ou organismes communautaires. Mais il existe une différence importante entre offrir volontairement son aide… et voir le gratuit devenir une attente implicite, particulièrement lorsqu’il s’agit d’événements liés à des institutions, des organisations ou des acteurs publics.
Le problème n’est pas uniquement économique. Il est aussi symbolique.
Quand on normalise publiquement le travail gratuit dans les arts et les médias, on contribue à fragiliser davantage des secteurs déjà précaires. Et cela survient dans un contexte où plusieurs artistes et travailleurs culturels gagnent déjà sous la moyenne salariale québécoise ou canadienne.
Parce qu’à force de demander aux créateurs de « faire ça pour la visibilité », plusieurs finissent surtout par quitter le milieu.
*Probono : travail ou service offert gratuitement, généralement pour aider une cause, un organisme ou un projet, sans rémunération.










