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Entrevue avec Josée Bournival : « Leur voix a une place importante »

Sorel-Tracy, le 26 septembre 2026 — À l’occasion du gala du Conc’Ours littéraire 2026 à Saint-Ours, je me suis entretenu avec Josée Bournival, autrice, scénariste et animatrice québécoise, qui œuvre depuis plusieurs années dans le milieu littéraire et multiplie les rencontres et ateliers auprès des jeunes dans les écoles. Présidente d’honneur de l’événement, elle nous a parlé de la place de l’écriture et de la lecture chez les jeunes, de l’importance de développer leur propre voix, mais aussi de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le processus de création.

Josée Bournival, Autrice, scénariste et animatrice québécoise, Josée Bournival œuvre depuis plusieurs années dans le milieu littéraire et multiplie également les rencontres et ateliers auprès des jeunes dans les écoles. Crédit photo : Sorel-Tracy Info (STI) / Philippe Manning
Josée Bournival, Autrice, scénariste et animatrice québécoise, Josée Bournival œuvre depuis plusieurs années dans le milieu littéraire et multiplie également les rencontres et ateliers auprès des jeunes dans les écoles. Crédit photo : Sorel-Tracy Info (STI) / Philippe Manning

Josée Bournival porte un regard particulièrement enthousiaste sur cette nouvelle génération qui prend la plume. Pour elle, les textes de ces jeunes permettent aussi aux adultes de découvrir une façon différente de regarder la société que nous leur léguons.

Philippe Manning — Qu’est-ce qui vous interpelle particulièrement dans les textes écrits par les jeunes?

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Josée Bournival — Ils ont un point de vue qui est unique. Ce sont des jeunes qui grandissent dans une société que nous, on n’a pas connue quand on était jeunes. Leur point de vue, leur manière de raconter la société est très différente et leur voix a une place importante. Le concours ici, c’est l’occasion de découvrir comment ces jeunes-là grandissent dans la société qu’on leur lègue. Ça, je trouve ça extraordinaire.

PM — À une époque dominée par les écrans, les réseaux sociaux et la vidéo, quelle place la lecture et l’écriture peuvent-elles encore occuper chez les jeunes?

JB — Il y a beaucoup d’études qui montrent que le temps d’attention des jeunes est plus limité. La lecture est un acte qui demande du temps et elle est peut-être moins favorisée d’emblée. Mais je pense que c’est à nous, les créateurs, d’imaginer une nouvelle façon d’intégrer la lecture dans la vie des enfants, d’être proactifs et créatifs.

Je pense que la littérature a tout autant de place qu’elle en a toujours eu. C’est simplement qu’il faut l’adapter à la génération à laquelle on la destine. Les jeunes d’aujourd’hui ont besoin de bouger, ils sont habitués aux écrans et veulent aussi un support visuel. Il faut penser à tout ça lorsqu’on crée nos livres.

PM— Comment un jeune auteur peut-il développer sa propre voix et sa personnalité d’écrivain?

JB— Ce qui fait qu’on aime un auteur, c’est l’unicité de son écriture. Et cette unicité n’est pas seulement dans le choix des mots ou des thèmes, elle est aussi dans l’honnêteté dont on fait preuve lorsqu’on écrit.

À quel point j’ose écrire, à travers un personnage, quelque chose que je n’oserais pas dire dans la vraie vie? Quand on ose plonger dans son humanité comme ça, ça ne peut pas faire autrement que de trouver écho chez le lecteur. C’est pour ça qu’on aime les gens qui nous parlent de leur histoire, de ce qu’ils ont vécu et de ce qu’ils connaissent. On sent cette honnêteté et on se connecte à l’humanité de l’autre.

PM — L’intelligence artificielle fait maintenant partie des outils auxquels les jeunes ont accès. Comment l’utiliser sans qu’elle remplace leur imagination ou leur propre voix?

JB — L’intelligence artificielle peut être vue comme un outil, mais c’est aussi un ennemi. C’est les deux. C’est un ennemi dans le sens où, si on délaisse notre propre vision du monde pour se fier à celle qu’une machine va nous retourner, nos écrits auront de moins en moins d’humanité.

Mais c’est aussi un outil qu’il ne faut pas dénigrer. Quand on utilise un correcteur, par exemple, on utilise déjà une certaine forme d’intelligence artificielle. Je pense qu’il y a une très grande réflexion collective à avoir autour de l’intelligence artificielle et de l’utilisation qui peut être bénéfique pour améliorer notre travail sans pour autant le déshumaniser.

PM — Personnellement, où placez-vous cette frontière? Pourrait-on voir un jour un livre écrit avec la collaboration d’une intelligence artificielle?

JB — Moi, je pense que l’acte d’écrire doit demeurer fondamentalement humain. Mais je ne suis pas contre l’utilisation d’outils technologiques pour m’aider à améliorer mes idées, à les présenter plus clairement ou à éviter certaines erreurs.

À l’heure actuelle, j’utilise l’intelligence artificielle, mais pas pour écrire mon texte. Je l’utilise pour questionner certains aspects ou faire de la recherche sur des sujets qui sont importants. C’est un facilitateur, un miroir qui me permet de réfléchir à certaines choses. Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui fait mon travail.

PM — Quel regard portez-vous sur le Conc’Ours et sur les jeunes que vous avez rencontrés cette année?

JB — Je suis tellement émue de voir cette belle jeunesse engagée, brillante, avec une tête formidable et qui déploie des idées de manière formidable. Je suis enthousiaste face à l’avenir.

Chaque année où je viens ici, je me dis qu’il y en a assurément deux ou trois là-dedans que, dans dix ans, je vais aller voir au Salon du livre. Ils ont de belles plumes, ce sont de beaux jeunes, ils ont des propos brillants et ils s’intéressent à la société dans laquelle ils grandissent. C’est du bonbon. C’est un foyer de création.

Le concours est une bougie d’allumage pour générer la passion de l’écriture chez plusieurs jeunes. Il faut investir dans ce genre d’initiative-là.

PM — Et quels sont vos projets pour la suite?

JM — J’écris beaucoup et je fais beaucoup d’ateliers dans les écoles. Cette année, j’ai aussi mis sur pied un OBNL qui s’appelle Page de garde, dont l’objectif est de faire du bien dans la collectivité grâce à la littérature d’ici.

Pour moi, le livre, ce n’est pas juste une histoire à lire. C’est un moyen d’entrer en communication avec les autres. C’est un moyen de se raconter, de se faire du bien, de se guérir. C’est ce qu’on va essayer de mettre de l’avant avec Page de garde.

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