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Entrevue – Ma rencontre avec le pianiste et improvisateur John Kamfonas

Sorel-Tracy, le 2 avril 2024 — Dans cet épisode de On jase piano, j’ai eu le privilège de m’entretenir avec le pianiste américain John Kamfonas, un artiste dont le parcours m’a immédiatement fasciné. Originaire de Philadelphie, John a étudié le piano classique à l’Université Columbia et à la Manhattan School of Music. Il y a une dizaine d’années, il a quitté les États-Unis pour s’installer en France, à la suite d’une rencontre marquante avec le pianiste et pédagogue Jean Fassina. « Cette rencontre a changé ma vie artistique. C’est Fassina qui m’a montré une autre façon de vivre le piano », m’a-t-il confié.

Dès le début de notre échange, j’ai senti chez John une capacité singulière à concilier tradition et liberté. Comme je le dis souvent dans mes entretiens : « Ce qui me frappe chez John, c’est sa façon de mêler une formation classique très rigoureuse à une ouverture totale sur l’improvisation et l’exploration musicale. »

Après son installation en France, John poursuit ses études à l’École normale Alfred Cortot auprès de Marian Rybicki, puis entreprend un Doctorat d’interprète au CNSM de Paris, en partenariat avec la Sorbonne. Sa recherche porte sur l’improvisation chez des figures comme Charles Ives, Claude Debussy et Ferruccio Busoni. « Pour moi, improviser n’est pas un ajout, c’est une manière naturelle de penser la musique, comme Debussy le faisait au piano », explique-t-il.

Au fil des ans, John a développé une carrière impressionnante. Il s’est produit sur des scènes prestigieuses telles que le Carnegie Hall, la Salle Cortot, le Beijing International Music Festival ou encore le Atlantic Music Festival. Je lui ai demandé comment il vivait la pression d’être constamment sur scène. Pour ma part, je crois profondément que chaque musicien affronte cette tension à sa manière : « L’anxiété de performance n’est pas un obstacle, c’est un moteur qui peut devenir créatif lorsqu’on l’apprivoise », lui ai-je dit. John m’a répondu avec une grande sérénité : « La scène n’est pas un combat, c’est un espace de partage. L’anxiété existe, mais elle peut devenir une énergie constructive. »

Chambriste recherché, il a collaboré avec le chanteur-lyrique Grégoire Ichou, le violoncelliste Éric Hedberg et plusieurs autres artistes. Il enseigne également au Conservatoire américain de Paris et en privé. La pédagogie tient une place essentielle dans sa vie. « Enseigner, même à ceux qui ne deviendront pas musiciens professionnels, permet de créer le public de demain », dit-il.

Improvisateur passionné, John a d’abord développé cet art en autodidacte, avant de perfectionner sa démarche auprès de Jean-François Zygel et Nicolas Delaigue. Son séjour en Inde, à Bangalore, l’a initié aux structures des rags indiens et l’a même mené à jouer au sein du Silk Road Ensemble fondé par Yo-Yo Ma.

Parmi ses projets actuels, il prépare un concert au Petit Palais le 13 avril 2024, où il mêlera œuvres du répertoire classique et improvisations inspirées de l’exposition Le Paris et la modernité (1905-1925). Il organise aussi le 100e concert de sa série « Rendez-vous Musicaux » à la Fondation des États-Unis.

Je garde de cette entrevue le souvenir d’un artiste d’une rare générosité. « Chaque fois que je parle avec John, j’ai l’impression qu’une nouvelle porte s’ouvre sur l’univers du piano », ai-je déclaré en terminant l’entrevue. Et je le pense encore.

Avant de partir…

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